Comment un petit pays a montre la voie a l'Afrique
En fevrier 1990, alors que l'economie marxiste du Benin etait en ruines, une experience remarquable commença. Des delegues de toute la societe beninoise se reunirent a Cotonou pour la Conference nationale. Ce qui s'y passa — la confession publique de Kerekou, la declaration de souverainete de la ...
En decembre 1989, le Benin etait un Etat en faillite. L'experience marxiste-leniniste s'etait effondree. Les fonctionnaires n'avaient pas ete payes depuis des mois. Les etudiants etaient dans les rues. L'economie etait en chute libre.
Puis quelque chose arriva que personne n'attendait.
Mathieu Kerekou, l'homme fort marxiste qui governait depuis dix-sept ans, annonca que l'avenir du pays serait decide par une conference nationale — une reunion de representants de toute la societe beninoise. Il en accepterait les decisions.
Ce qui suivit transforma le Benin et inspira tout un continent.
La crise qui rendit la conference possible
La Conference nationale de 1990 n'emergea pas de la bonne volonte. Elle emerca de la necessite.
En 1989, la Republique populaire du Benin etait en faillite. L'industrie de l'huile de palme s'etait effondree. Les entreprises d'Etat etaient insolvables. Le gouvernement ne pouvait pas payer ses employes. Greves et manifestations paralysaient le pays.
La reponse de Kerekou fut d'abandonner le marxisme-leninisme en decembre 1989 et d'annoncer une conference nationale. Il esperait gerer la transition vers un nouveau systeme sans perdre entierement le pouvoir. Il avait tort.
La conference, qui s'ouvrit le 19 fevrier 1990 a Cotonou, reunit 488 delegues de tous les secteurs de la societe beninoise : partis politiques, syndicats, groupes religieux, armee, organisations feminines, etudiants, chefs traditionnels et societe civile.
La conference qui se declara souveraine
Le moment critique arriva au deuxieme jour.
Monseigneur Isidore de Souza, l'archeveque de Cotonou qui avait ete elu president de la conference, fit un geste audacieux. Il proposa que la conference se declare souveraine — que ses decisions soient contraignantes, et non simplement consultatives.
Le vote fut ecrasant. La conference se declara la plus haute autorite du pays.
Kerekou, observant depuis les coulisses, avait un choix. Il pouvait envoyer l'armee dissoudre la conference. Il pouvait arreter les delegues. Il pouvait refuser d'accepter la decision.
Au lieu de cela, il l'accepta.
La confession de Kerekou
Le moment le plus dramatique de la conference vint quand Kerekou lui-meme s'adressa aux delegues.
Il ne defendit pas son bilan. Il ne blama pas l'effondrement economique sur des forces externes ou l'heritage colonial. Il se tint devant les delegues et confessa. Il reconnut les echecs de son regime — la mauvaise gestion economique, la repression, la souffrance que ses politiques avaient causee. Il demanda pardon.
Ce fut un moment sans precedent dans la politique africaine. Un dictateur, volontairement et publiquement, reconnaissait ses erreurs et demandait l'absolution.
La conference lui accorda l'immunite de poursuites. Il ne serait pas juge pour les crimes de son regime. En retour, il accepta l'autorite de la conference et accepta de se retirer.
La transition democratique
La Conference nationale passa plusieurs semaines a concevoir un nouveau systeme politique. Les decisions qu'elle prit allaient faconner le Benin pendant des decennies :
- Une nouvelle constitution etablissant une democratie multipartite
- Des elections libres et equitables a organiser dans l'annee
- Un president aux pouvoirs limites, servant un mandat de cinq ans
- Un pouvoir judiciaire independant pour garantir l'etat de droit
- La liberte d'expression, de reunion et de la presse comme droits fondamentaux
Un gouvernement transitoire fut nomme, dirige par Nicephore Soglo, un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale. Kerekou resta chef de l'Etat mais avec des pouvoirs radicalement reduits.
En mars 1991, le Benin tint ses premieres elections libres depuis l'independance. Soglo gagna. Kerekou devint le premier president africain continental a perdre le pouvoir par une election democratique.
Pourquoi cela a fonctionne
Le modele beninois reussit la ou des experiences similaires dans d'autres pays africains echouerent. Pourquoi ?
L'acceptation de Kerekou. La decision de l'homme fort d'accepter l'autorite de la conference fut cruciale. Il aurait pu resister. Il choisit de ne pas le faire.
La force de la societe civile. Le Benin avait une societe civile dynamique — eglises, syndicats, associations professionnelles — capable de s'organiser et de formuler des demandes. La conference rassembla ces groupes.
Absence de violence ethnique. Les divisions regionales du Benin, bien que reelles, ne degénèrent pas en conflit ethnique. La conference offrit un forum pacifique de negociation.
Soutien francais. La France, qui avait soutenu Kerekou pendant la Guerre froide, appuya la transition. Le soutien diplomatique et financier francais aida a stabiliser le processus.
Le format meme de la conference. Le modele inclusif et deliberatif — reunissant tous les secteurs de la societe — crea une large appropriation de la transition. Personne ne pouvait pretendre que le nouveau systeme etait impose par un seul groupe.
Le modele Benin se diffuse
Le succes de la Conference nationale beninoise eut des effets immediats dans toute l'Afrique francophone.
En 1991, des conferences similaires furent tenues au Congo-Brazzaville, au Niger, au Mali et au Togo. Le "modele beninois" devint un modele de transition democratique. Toutes ces experiences ne reussirent pas — certaines furent reversese par des coups d'Etat militaires, d'autres produisirent des democraties imparfaites. Mais l'idee qu'une conference nationale pouvait resoudre pacifiquement une crise politique etait etablie.
Le Benin lui-meme devint une reference pour les transitions democratiques dans le monde. Le petit pays ouest-africain, l'un des plus pauvres du continent, avait montre qu'un changement politique pacifique etait possible.
L'heritage de 1990
Plus de trente ans plus tard, le Benin reste une democratie. Les elections sont tenues regulierement. Le pouvoir change de mains pacifiquement. La constitution de 1990, redigee par la Conference nationale, reste en vigueur.
La Conference nationale de 1990 est une source de fierte nationale. Les politiciens beninois, quelles que soient leurs divergences, considerent la conference comme un moment fondateur — la naissance de la democratie moderne du Benin.
Pour les visiteurs du Benin, l'heritage de la conference est visible partout. La liberte de la presse, la societe civile active, la culture politique pacifique — ce sont les fruits de fevrier 1990. La conference n'a pas resolu tous les problemes du Benin. Mais elle a cree le cadre dans lequel ces problemes peuvent etre abordes pacifiquement.
C'est le veritable heritage de la Conference nationale de 1990 : non pas un systeme parfait, mais un systeme qui permet le desaccord sans violence, le changement sans chaos, la democratie sans dictature.
FAQ
Qu'etait la conference nationale du Benin de 1990 ?
La Conference nationale etait une reunion de 488 delegues de tous les secteurs de la societe beninoise qui s'est declaree souveraine, a mis fin au regime marxiste et a concu la constitution democratique du Benin.
Quand la conference nationale a-t-elle eu lieu ?
La conference s'est ouverte le 19 fevrier 1990 a Cotonou et a dure plusieurs semaines.
Qu'a dit Kerekou a la conference ?
Kerekou a publiquement confesse les echecs de son regime, demande pardon et accepte l'autorite de la conference. L'immunite de poursuites lui a ete accordee.
Pourquoi la conference beninoise etait-elle importante pour l'Afrique ?
Ce fut le premier modele reussi de "conference nationale" pour la transition democratique en Afrique. Il a inspire des processus similaires au Congo, au Niger, au Mali et au Togo.
Le Benin est-il toujours une democratie aujourd'hui ?
Oui. Le Benin organise des elections multipartites regulieres depuis 1991 et reste l'une des democraties les plus stables d'Afrique de l'Ouest.
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