Où les rois s'asseyaient et où sont leurs trônes aujourd'hui
Les trônes royaux du Dahomey sont parmi les œuvres d'art les plus puissantes d'Afrique de l'Ouest. Certains survivent au musée d'Abomey. D'autres - dont le trône de Glele - restent en France. Cet article retrace chaque trône, son histoire, son symbolisme et ce que le débat sur la restitution sign...
Les trônes royaux du Dahomey : Les exemples survivants
"Un roi sans trône n'est pas un roi. Mais un trône sans roi garde encore son esprit."
- Dicton fon
Dans le royaume du Dahomey, le trône n'a jamais été un simple meuble. C'était le siège du pouvoir au sens le plus littéral : l'endroit où reposait l'énergie du roi. Chaque roi construisait son propre trône, souvent de son vivant, y incorporant les symboles de son règne, sa divinité personnelle et les accomplissements qu'il voulait voir marquer dans l'histoire.
Certains de ces trônes survivent aujourd'hui. D'autres ont été détruits dans les incendies de 1892. Certains se trouvent au Musée historique d'Abomey. D'autres restent en France, au coeur du débat sur la restitution qui a remodelé les relations franco-béninoises dans les années 2020.
Voici l'histoire de chaque trône survivant - ce qu'il représente, où il se trouve et comment le voir.
Le trône du roi Glele (1858-1889)
Le plus célèbre et le plus controversé de tous les trônes du Dahomey appartient au roi Glele. Connu en français comme le trône aux crânes, c'est un siège en bois soutenu par quatre crânes humains, avec des accoudoirs en forme de lions - l'animal dynastique de Glele.
Les crânes sont ceux de rois ennemis vaincus par les armées de Glele. Dans la tradition dahoméenne, le crâne d'un souverain vaincu n'était pas un trophée au sens moderne. C'était un réceptacle de pouvoir. En l'incorporant dans le trône, le vainqueur absorbait l'énergie spirituelle du vaincu - une pratique qui parallélisait le culte ancestral royal.
Le trône est minutieusement sculpté et décoré de clous en laiton, de cauris et de perles rouges et bleues. Chaque matériau avait une signification : les cauris représentaient la richesse et le commerce, le laiton signifiait la durabilité et le lien avec la terre, les perles marquaient le statut royal.
Où est-il maintenant ? Le trône de Glele fait partie des collections du Musée du Quai Branly - Jacques Chirac à Paris. Il a été pris d'Abomey pendant la période coloniale française. Il est un point focal des demandes de restitution depuis le discours de 2017 du président Macron à Ouagadougou, dans lequel il reconnaissait que le patrimoine africain dans les musées français n'avait pas été acquis légitimement.
En 2021, la France a restitué 26 objets au Bénin, mais le trône de Glele n'en faisait pas partie. Le trône reste à Paris, classé comme « trésor national » par le gouvernement français, ce qui le rend juridiquement inaliénable - un statut que les défenseurs de la restitution estiment avoir été délibérément conçu pour bloquer les retours.
Le roi actuel d'Abomey, Dah Sagbrou, a publiquement demandé le retour du trône. Le gouvernement béninois continue de poursuivre sa restitution par voie diplomatique.
Le trône du roi Ghezo (1818-1858)
Le trône de Ghezo est moins macabre mais tout aussi puissant. Fait de bois sculpté avec des appliques en argent, il repose sur une plateforme surélevée à trois marches. Le dossier du trône est en forme de buffle - l'animal dynastique de Ghezo - avec des cornes incurvées vers l'extérieur.
Ghezo était le roi qui a transformé le Dahomey en une puissance militaire. Il a modernisé l'armée, développé les Agojie (les Amazones du Dahomey) et combattu l'empire Oyo jusqu'à l'impasse. Son trône est décoré de scènes de bataille et de symboles d'autorité militaire.
Où est-il maintenant ? Le trône de Ghezo se trouve au Musée historique d'Abomey, installé dans son ancien palais. C'est l'une des pièces maîtresses du musée, exposée dans une salle qui contient également ses insignes royaux, ses armes et les tambours cérémoniels utilisés pendant son règne.
Les visiteurs d'Abomey peuvent le voir en personne. Le musée est ouvert tous les jours et le trône fait partie de la visite guidée standard.
Le trône du roi Béhanzin (1889-1894)
Le trône de Béhanzin est le plus poignant parce qu'il est inachevé. Quand les forces françaises avancèrent sur Abomey en 1892, Béhanzin ordonna d'incendier la ville et les palais plutôt que de les laisser tomber aux mains de l'ennemi. Son trône - encore en cours de sculpture - fut partiellement détruit dans l'incendie.
Ce qui reste est une base en bois sculpté avec les débuts des symboles royaux - un requin (l'animal dynastique de Béhanzin) émergeant du grain du bois. La structure supérieure, les accoudoirs et le dossier n'ont jamais été achevés.
Ce trône inachevé raconte l'histoire de la chute du royaume plus directement qu'aucun livre d'histoire. Les outils du sculpteur ont été abandonnés en plein geste. Le feu a carbonisé les bords. Les Français ont emporté des fragments comme souvenirs.
Où est-il maintenant ? Les fragments survivants du trône de Béhanzin sont au Musée historique d'Abomey, exposés aux côtés des récits de sa résistance et de son exil en Martinique puis en Algérie.
Le trône du roi agoli-agbo (1894-1900)
Agoli-Agbo fut le dernier roi du Dahomey, installé par les Français après la reddition de Béhanzin. Son trône est plus simple que ceux de ses prédécesseurs - plus petit, moins orné, fait de bois local avec une décoration minimale.
Les Français ont délibérément diminué le symbolisme du trône sous la domination coloniale. Agoli-Agbo était un roi fantoche, et son trône reflète ce statut. Il manque les animaux sculptés, les clous en laiton et les cauris des trônes antérieurs.
Où est-il maintenant ? Il reste à Abomey, dans la résidence du roi. Il n'est pas exposé au public dans le musée, mais le roi actuel d'Abomey le conserve comme faisant partie des regalia royaux encore utilisés lors des occasions cérémonielles.
Les trônes dans la cour du musée
Le Musée historique d'Abomey expose également plusieurs trônes dans sa cour qui appartenaient à des rois antérieurs - Houegbadja (1645-1685), Akaba (1685-1716) et Agaja (1718-1740). Ce sont des structures en bois plus simples, usées par le temps et les intempéries, mais elles représentent les trônes les plus anciens de la lignée dahoméenne.
Le trône de Houegbadja est le plus important car il fut le fondateur d'Abomey. C'est un siège en bois large et bas sans dossier, plus proche d'un tabouret que d'un trône. La simplicité est intentionnelle : Houegbadja était un roi guerrier qui construisit le premier palais de ses propres mains. Son trône reflète cette modestie.
Les trônes d'Akaba et d'Agaja sont légèrement plus élaborés mais suivent toujours la même forme de base - des tabourets en bois avec des supports sculptés. L'évolution du design des trônes à travers les XVIIIe et XIXe siècles est visible dans la cour, passant de simples tabourets guerriers aux trônes sculptés élaborés de Glele et Ghezo.
Ce que les trônes nous disent
Pris ensemble, les trônes survivants du Dahomey racontent une histoire qu'aucun objet ne peut transmettre seul.
Ils montrent l'arc du royaume : du simple tabouret guerrier de Houegbadja au siège de pouvoir clouté d'argent de Ghezo, en passant par le trône-trophée aux crânes de Glele jusqu'à la ruine inachevée de Béhanzin. L'ascension, l'apogée, la démesure et la chute sont tous visibles dans la menuiserie.
Ils montrent aussi l'argument de la restitution sous forme physique. Le trône de Glele à Paris n'est pas seulement un objet africain dans un musée européen. C'est un symbole royal fonctionnel dont le roi actuel du Dahomey a demandé le retour. Son absence d'Abomey n'est pas seulement un accident historique - c'est une relation coloniale continue rendue visible.
Et les trônes qui restent à Abomey - celui de Ghezo au musée, les fragments de Béhanzin, la simplicité d'Agoli-Agbo - ne sont pas seulement des pièces de musée. Ce sont des objets actifs dans une tradition royale vivante. Le roi actuel accomplit encore des rituels dans les cours du palais où ces trônes se trouvent. Ce ne sont pas des artefacts morts.
Comment voir les trônes
À Abomey : Le Musée historique d'Abomey est le lieu principal. Le trône de Ghezo et les fragments de Béhanzin sont à l'intérieur du musée. Les premiers trônes sont dans la cour. Prévoyez 2 à 3 heures pour la visite complète du musée, qui comprend également les bas-reliefs, les armes royales et les objets cérémoniels.
À Paris : Le trône de Glele se trouve au Musée du Quai Branly, dans la collection permanente d'Afrique. Il est étiqueté avec un contexte minimal sur son origine ou le débat sur la restitution. Le Quai Branly détient également environ 4 500 autres objets du Dahomey, ce qui en fait la plus grande collection d'art royal dahoméen en dehors du Bénin.
La question de la restitution
Le trône de Glele est le point focal en raison de son design extraordinaire et de son poids symbolique. Mais le débat sur la restitution s'étend à des centaines d'objets dahoméens dans les musées français.
En 2021, la France a restitué 26 objets au Bénin - principalement du palais d'Abomey, dont le trône du roi Ghezo (un trône différent de celui du musée), la porte du palais et des figures cérémonielles. Mais les pièces les plus emblématiques, dont le trône de Glele, sont restées en France.
La position béninoise est claire : ces objets ont été pris par la force ou sous la contrainte coloniale. La position française est plus complexe, impliquant les lois sur le déclassement des musées, l'« inaliénabilité » des collections nationales et la crainte de créer un précédent pour d'autres demandes de restitution.
Pour le visiteur d'Abomey, l'absence du trône de Glele est une présence physique. On peut voir des photographies de lui dans le musée. On peut voir l'espace où il se tenait autrefois. Mais le trône lui-même n'est pas là.
Un jour, peut-être, il reviendra.
FAQ
Où se trouve le trône de Glele maintenant ? Il est au Musée du Quai Branly - Jacques Chirac à Paris, classé comme « trésor national » par le gouvernement français. Il n'a pas été restitué au Bénin malgré des demandes répétées.
Puis-je voir les trônes au musée d'Abomey ? Oui. Le Musée historique d'Abomey expose le trône complet de Ghezo, les fragments du trône de Béhanzin et les premiers trônes de Houegbadja, Akaba et Agaja dans la cour. Le musée est ouvert tous les jours.
Combien de trônes dahoméens existent encore ? Au moins sept trônes complets ou partiels survivent : celui de Glele (à Paris), celui de Ghezo (à Abomey), les fragments de Béhanzin (à Abomey), celui d'Agoli-Agbo (dans la résidence royale) et trois premiers trônes dans la cour du musée. D'autres peuvent exister dans des collections privées ou d'autres musées.
Pourquoi les trônes ne sont-ils pas tous au Bénin ? Les trônes ont été pris par les forces coloniales françaises pendant la conquête du Dahomey (1892-1894). Certains ont été acquis par des officiers individuels comme trophées de guerre et plus tard donnés à des musées français. La collection principale est entrée au Musée du Quai Branly par le biais d'acquisitions et de dons de l'époque coloniale.
La France restitue-t-elle les trônes ? La France a restitué 26 objets au Bénin en 2021, mais le trône de Glele n'en faisait pas partie. Le trône est classé comme « trésor national » en vertu du droit français, ce qui nécessite une loi spéciale du parlement pour le déclasser. Les négociations se poursuivent entre les gouvernements béninois et français.
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Visitez Abomey : Le Musée historique d'Abomey est le meilleur endroit pour voir les trônes survivants du Dahomey. Planifiez votre visite avec le guide d'Abomey.
Voyez les bas-reliefs : Les trônes font partie d'un langage visuel plus vaste. Les bas-reliefs d'Abomey racontent la même histoire en argile peinte.
Comprenez la restitution : Le débat sur le trône de Glele fait partie d'une question plus large sur le patrimoine africain dans les musées européens. Lisez l'article sur la restitution des trésors du Dahomey pour le contexte complet.
Visitez le Quai Branly : Si vous êtes à Paris, voyez le trône de Glele au Musée du Quai Branly. Jugez par vous-même si le contexte fourni rend justice à sa signification.
Suivez l'actualité de la restitution : Le statut du trône de Glele pourrait changer à tout moment. Suivez les mises à jour du Ministère de la Culture béninois ou de visit Abomey pour les nouvelles.
